
Décrochage scolaire à 15 ans : quelles solutions avant l’alternance ?
À 15 ans, il n’aime plus l’école… mais il n’est pas encore prêt pour l’alternance. Que lui propose-t-on ?
Décrochage scolaire, jeunes NEET, orientation, alternance : entre l’école et l’emploi, certains adolescents ne trouvent tout simplement pas leur place. À 15 ou 16 ans, que proposer à un jeune qui ne veut plus du système scolaire traditionnel, mais qui n’est pas encore prêt à choisir un métier ou à entrer en apprentissage ? Pour ISEAH®, cette question mérite de repenser les passerelles entre école, entreprise, orientation et formation.
Il a 15 ans.
Il vient de terminer le collège.
Et lorsqu’on lui demande ce qu’il veut faire maintenant, sa réponse n’est pas un métier, une formation ou un projet professionnel.
Sa seule certitude est beaucoup plus simple :
« L’école, ce n’est pas pour moi. »
Cette situation, je la rencontre aujourd’hui très concrètement avec le fils d’un de mes collaborateurs. Il ne se reconnaît plus dans le système scolaire traditionnel. Mais il n’a pas davantage envie, pour le moment, de s’engager dans un parcours en alternance.
Et à 15 ans, toutes les solutions habituellement mobilisées pour accompagner les jeunes vers l’emploi ne sont pas encore accessibles dans les mêmes conditions.
Alors que fait-on ?
On lui demande de choisir une orientation qu’il ne connaît pas ?
On le replace dans un système scolaire dont il nous dit précisément qu’il ne veut plus ?
Ou attend-on qu’il ait 16 ans pour commencer véritablement à construire autre chose avec lui ?
C’est précisément cet entre-deux qui doit nous interroger.
⸻
Décrochage scolaire et jeunes NEET : derrière les statistiques, des parcours individuels
Le terme NEET signifie Not in Education, Employment or Training : il désigne les jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation.
Selon la dernière série publiée par l’Insee que nous avons pu vérifier, 13,1 % des jeunes de 15 à 29 ans étaient dans cette situation au premier trimestre 2026, contre 12,9 % au quatrième trimestre 2025.
Mais derrière un indicateur statistique se cachent des réalités extrêmement différentes.
Il y a des jeunes sans qualification.
Des diplômés qui cherchent leur premier emploi.
Des jeunes qui ont commencé une formation et l’ont abandonnée.
Et puis il y a ceux qui sont encore plus en amont : ils n’ont pas nécessairement décroché de la société ou du monde professionnel. Ils ont décroché d’une manière d’apprendre.
C’est une distinction fondamentale.
Un adolescent qui ne supporte plus de rester assis plusieurs heures dans une salle de classe n’est pas nécessairement un jeune qui refuse d’apprendre.
Il peut avoir besoin d’apprendre autrement.

⸻
À 15 ans, un véritable sujet de transition
En France, l’instruction est obligatoire jusqu’à 16 ans. À partir de 16 ans et jusqu’à 18 ans, une obligation de formation prend ensuite le relais. Elle peut notamment être satisfaite par la scolarité, l’apprentissage, une formation professionnelle, un emploi, un service civique ou certains dispositifs d’accompagnement et d’insertion.
Les Missions Locales jouent par ailleurs un rôle central dans l’accompagnement des 16-25 ans et dans le contrôle de l’obligation de formation des 16-18 ans.
L’apprentissage est généralement accessible à partir de 16 ans, mais un jeune d’au moins 15 ans ayant achevé le premier cycle de l’enseignement secondaire, notamment la classe de troisième, peut sous conditions entrer en apprentissage.
Le problème n’est donc pas uniquement réglementaire.
Il est aussi humain.
Que faisons-nous d’un jeune de 15 ans qui ne veut plus de l’école mais qui n’est pas encore prêt à devenir apprenti ?
C’est là que le système doit être capable de proposer autre chose qu’un choix binaire : école ou travail ?
⸻
Avant de demander à un jeune de choisir un métier, aidons-le à découvrir ce qu’il aime faire
À 15 ans, ne pas savoir ce que l’on veut faire de sa vie n’a rien d’exceptionnel.
Le véritable enjeu devrait donc parfois être moins :
« Quelle formation veux-tu faire ? »
que :
« Qu’est-ce qui pourrait te donner envie de te lever demain matin ? »
Découvrir un magasin ?
Observer un artisan ?
Passer du temps dans une entreprise ?
Comprendre le métier d’un commercial ?
Découvrir la logistique ?
Voir travailler un recruteur ?
Tester un environnement administratif ?
Rencontrer un manager ?
Participer à un projet ?
Se rendre utile ?
Et, progressivement, découvrir ses propres aptitudes.
L’Éducation nationale prévoit d’ailleurs déjà des dispositifs permettant d’aménager les parcours. Les parcours aménagés de formation initiale (PAFI) peuvent notamment concerner des jeunes d’au moins 15 ans en risque de décrochage et combiner temps scolaire et activités telles que des stages en entreprise.
La réponse existe donc en partie.
Mais elle mérite d’être amplifiée, simplifiée et surtout beaucoup mieux articulée avec le monde économique.
⸻
Entre le collège et l’alternance, construisons un sas de découverte
C’est probablement là que les entreprises, CFA, acteurs de l’orientation et structures d’insertion peuvent aller beaucoup plus loin ensemble.
Nous devons imaginer davantage de sas de remobilisation et de découverte professionnelle.
Pas nécessairement pour obtenir immédiatement un diplôme.
Pas pour signer absolument un contrat d’apprentissage.
Et encore moins pour demander à un adolescent de 15 ans de décider de son métier pour les quarante prochaines années.
Mais pour lui permettre de tester, rencontrer, expérimenter, comprendre et progressivement choisir.
Le ministère de l’Éducation nationale reconnaît lui-même que la prévention du décrochage nécessite une réponse partenariale et mobilise notamment établissements scolaires, CFA, Missions Locales, CIO, Écoles de la deuxième chance et autres acteurs de l’insertion.
C’est exactement dans cette logique que nous souhaitons inscrire l’écosystème ISEAH®.
⸻
ISEAH® : créer des passerelles entre les jeunes et l’entreprise
Depuis plus de 15 ans, notre métier nous place quotidiennement à l’intersection de plusieurs mondes :
la formation, l’alternance, le recrutement, les entreprises et l’emploi.
Avec ISEAH® FORMATION, notre CFA accompagne les parcours en alternance et travaille directement avec les entreprises qui recrutent.
Avec ISEAH® FC, nous intervenons sur la formation continue, le développement et la reconnaissance des compétences.
Avec ISEAH® RH, nous travaillons sur le recrutement, les besoins des employeurs, l’identification des compétences et le rapprochement entre candidats et entreprises.
Cette complémentarité prend ici tout son sens.
Car accompagner un jeune éloigné de l’école ne devrait pas commencer par lui vendre une formation.
Cela devrait commencer par comprendre ce qui peut le remettre en mouvement.
Puis lui faire découvrir des métiers.
Lui permettre de rencontrer des professionnels.
Identifier ses aptitudes.
L’aider à comprendre les codes de l’entreprise.
Lui redonner confiance dans sa capacité à réussir.
Et seulement ensuite, lorsqu’un projet commence à émerger, construire la bonne solution : poursuite d’études, apprentissage, formation ou autre parcours adapté.
⸻
Le CFA de demain ne peut plus seulement intervenir après le choix d’orientation
C’est peut-être l’un des changements majeurs que nous devons collectivement engager.
Pendant longtemps, le schéma était relativement linéaire :
École → orientation → formation → diplôme → emploi.
La réalité des parcours est désormais beaucoup moins linéaire.
Certains jeunes ont besoin d’expérimenter avant de choisir.
D’autres ont besoin de travailler pour comprendre pourquoi ils veulent apprendre.
Certains découvrent leurs capacités dans l’action alors qu’ils étaient en difficulté dans une salle de classe.
Et d’autres auront besoin de plusieurs essais avant de trouver leur voie.
Notre responsabilité n’est pas de faire entrer chaque jeune dans une case.
Elle est de construire suffisamment de passerelles pour éviter qu’un jeune reste durablement entre toutes les cases.
⸻
Entreprises : vous avez également un rôle déterminant
Les entreprises peuvent devenir des acteurs majeurs de cette découverte.
Accueillir.
Faire visiter.
Présenter un métier.
Permettre l’observation lorsque le cadre juridique le permet.
Faire témoigner des collaborateurs.
Faire découvrir la réalité d’un secteur.
Parfois, quelques heures au contact d’un professionnel peuvent rendre concret ce qu’aucune brochure d’orientation ne réussissait à expliquer.
C’est pourquoi ISEAH® souhaite continuer à rapprocher encore davantage les acteurs de l’éducation, de l’emploi et les entreprises de ses territoires.
Parce que l’entreprise ne doit pas seulement intervenir au moment où elle recrute.
Elle peut aussi contribuer à faire naître une vocation.
⸻
Et si nous arrêtions de parler de jeunes « sans projet » ?
Un adolescent de 15 ans qui ne sait pas encore ce qu’il veut faire n’est peut-être pas sans projet.
Il est peut-être simplement avant le projet.
Cette nuance change tout.
La question n’est alors plus :
« Dans quelle formation allons-nous le mettre ? »
mais :
« Qu’allons-nous lui permettre de découvrir pour qu’il ait envie de construire la suite ? »
C’est probablement ici que se trouve une partie de la réponse au décrochage scolaire et, plus tard, au phénomène des jeunes NEET.
Chez ISEAH®, nous sommes convaincus que la formation professionnelle, l’alternance, le recrutement et l’entreprise doivent être pensés comme les différentes composantes d’un même parcours.
Repérer. Écouter. Faire découvrir. Remobiliser. Orienter. Former. Recruter. Accompagner.
Et surtout ne laisser personne au bord du chemin simplement parce qu’à 15 ans, il ne savait pas encore répondre à cette immense question :
« Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? »
⸻
Pour aller plus loin
Les familles confrontées à une situation de décrochage peuvent notamment se rapprocher de l’établissement scolaire, du CIO et des dispositifs de lutte contre le décrochage. À partir de 16 ans, les Missions Locales occupent également une place centrale dans l’accompagnement. Le ministère indique par ailleurs un numéro national gratuit dédié aux 16-18 ans sans emploi, études ou formation.
Informations officielles sur l’obligation de formation des 16-18 ans